Le Tai Chi en 24 mouvementsHistoire de la Forme courte de Pékin4 nov. 2009 Françoise Angrand
L'Occident a recueilli l'héritage du Tai Chi - Alain
Si toutes les écoles de Tai Chi possèdent leur histoire et leur filiation de générations en générations, la forme de Pékin quant à elle, a surgi ex nihilo. Elle est le pur produit d'une «génération spontanée», mais paradoxalement, elle illustre parfaitement cette capacité des Chinois a assimiler les changements naturels de l'histoire. Les arts martiaux et la politiqueDépositaires d'une longue tradition de techniques de santé et d'arts martiaux, les grandes familles du Tai Chi Chuan ont dû comme tout un chacun vivre dans leur époque et subir les pressions imposées par les aléas de l'Histoire. Il leur a fallu composer avec l'intégrité de l'enseignement qu'elles proposaient et l'adaptation nécessaire aux situations sociales et culturelles. Les empereurs ont fait appel à la famille Chen pour instruire leur famille ou leur armée. Mais sans excès de zèle toutefois : sous le couvert d'une attitude respectueuse, les Chen avaient élaboré une forme de Tai chi secondaire qui n'était enseignée que dans le cercle « officiel ». Le grand Yang Luchan fera exactement la même chose avec l'empereur de son époque. Le Tai Chi sous le régime communistePendant les années de pré-République, la société chinoise, s'était entichée d'idées nouvelles (réformes économiques, écoles à l'occidentale...) et avait délaissé ses traditions. Les sociétés secrètes, trop tournées vers le passé, avaient perdu de leur prestige. La Chine communiste se retrouve devant un dilemme difficile à résoudre dans les années 1940-50. Il s'agit d'une part d'effacer des siècles d'obscurantisme impérial : écoles ésotériques et sectes secrètes d'arts martiaux, et toute forme de spiritualité (confucianisme, taoïsme...). D'autre part, elle doit réaffirmer sa puissance et sa supériorité face au démon occidental, et chercher dans la mémoire du peuple ce qui en fait l'identité. Et voilà que soudain, l'on redécouvre la bonne vieille médecine chinoise, les qigong, le Tai Chi... Seulement voilà, ces « reliques » sentent encore le parfum des temples taoïstes, et leur complexité comme leur efficacité risquent fort de recréer un élitisme contraire à la politique de masse. Un Institut de recherche athlétique remplace Wu Dang et ShaolinLa solution se présente pour les dirigeants politiques à travers cet institut, au sein duquel un Tai Chi «nouvelle génération » va naître. De grands maîtres sont invités à diffuser leur savoir sous les nouvelles couleurs de la République :
Ainsi naquit la Forme en 24 mouvements, que bientôt des millions de Chinois allaient pratiquer chaque matin à l'usine devant leur machine. L'intégrité des maîtres de Tai ChiOn peut se demander comment des hommes tels que Yang Chen Fu ou Wu Jian Quan ont pu accepter de servir la politique de la nouvelle république de Mao. Cela ne devrait pas nous surprendre. D'une part les Chinois sont suffisamment imprégnés de la philosophie du changement inéluctable des choses, d'autre part ils ont continué à faire ce que leurs pères faisaient avant eux : ils transformèrent profondément leur style et créèrent de nouvelles formes à cette époque, tout en gardant secrète la forme originelle de leur famille. À la même époque, d'autres grands maîtres comme Cheng Man Qin ou Wang Yien Nien s'exilèrent à Taïwan ou en Occident, et commencèrent à enseigner aux Occidentaux, sauvant de l'oubli un héritage précieux. Quelle valeur pour la Forme de Pékin ?Bien que très édulcorée par rapport aux formes ancestrales, elle respecte les principes fondamentaux du Tai Chi Chuan, et elle apporte des bienfaits au corps et à l'esprit. Simplement, elle est un peu « orpheline » dans le sens où elle n'est pas confortée par une école, et ne transmet que peu d'enseignement véritable. Pour cette raison, les pratiquants de la Forme de Pékin finissent tôt ou tard par chercher un autre professeur. Elle reste cependant un bon point de départ pour démarrer dans le Tai Chi. À voir, à consulter :
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